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Ce blog artistique et ludique est animé par un ancien avocat devenu auteur photographe et chanteur. Il a pour vocation d' échanger avec les lecteurs sur la base de ses propres productions, et d'auteurs invités:livres,poèmes,chansons,nouvelles, expositions, vie sociale et juridique.
Depuis le premier janvier 2008 à Zéro heure, il est interdit à un fumeur, sur le territoire de la République française, de fumer. Oui, dans un lieu public, je sais. Avant, c'était
déconseillé. Maintenant c'est interdit, sous peine de sanctions pénales. C'est la loi. Il faut respecter la loi.
On peut chiquer ? Oui, on peut chiquer, parce que le chiqueur passif n'existe pas.
On peut rire ? En principe oui, mais il y a des exceptions. Par exemple si tu ris, au Tribunal, devant le Juge qui t'interroge sur ta consommation présumée de tabac, ce sera mal vu, voir
punissable pour Injure-à-Magistrat-Dans-l'Exercice-De-Ses-Fonctions. De plus, le rire est communicatif, ce qui rends le rieur passif possible. Si tout le Tribunal se bidonne, tu vois la tête du
Juge ? Et le prestige de la Loi ?
On peut pleurer ? Oui, on peut pleurer, mais pas dans toutes les circonstances non plus. Il faut que les pleurs soient sincères, fondés et légitimes. Qui décide si un pleur est sincère, fondé
et légitime ? C'est la loi. Que dis-tu, la loi ne peut pas prévoir toutes les situations tristes qui légitimeraient le pleur ? C'est exact. La loi, dans sa grande sagesse, a donc prévu
que le juge (ou, à défaut, la rumeur publique) interprète librement le caractère sincère, légitime et fondé des larmes qui coulent de tes yeux. Par exemple, si, toujours au Tribunal, tu
pleures de rire à cause de cette loi sur le tabagisme passif, celà pourra être considéré soit comme un rire (voir ci-dessus), soit comme un pleur non sincère, infondé et illégitime. C'est toi
qui voit.
On peut jouer ? Oui, mais pas partout, et à n'importe quoi. Je rappelle une fois de plus qu'il est interdit aux enfants de jouer dans la Cour de la Copropriété. C'est écrit dans le Règlement.
On peut regarder TF1 dans un lieu public ? Mais enfin bien sûr ! On est tout de même pas dans un régime totalitaire ! Ceux qui militent pour que l'écran de cette estimable chaîne de
télévision soit barré d'un bandeau rouge mentionnant "La Télé rends con", à l'instar des autocollants obligatoires du type "Fumer tue" ou, plus délicat, "Fumer te fait perdre tes spermatozoïdes"
(et d'ailleurs pourquoi pas tes ovules aussi, c'est dingue cette inégalité) sont de dangereux malfaiteurs, voire des terroristes benladéniens.
Si on ne conduit pas, on peut boire beaucoup d'alcool ? Mais bien sûr !
On peut offrir beaucoup trop de jouets à ses enfants ? Mais oui !
On peut boire de la bière à gogo, baffrer comme des baleines pendant que le tiers monde meurre de faim ? Oui, on te dit. Oui. On est dans un pays de liberté, mais la liberté s'arrête là où commence
bla bla bla ...
On va devoir porter une étoile jaune ? Aller dans des camps de rééducation ? Dans des stades ?
Tu vois bien que tu exagères.
Mais on peut ironiser tout de même ?
Non, on ne peut pas ironiser, surtout pas sur la loi, car l'ironie pourrait être contagieuse. Là par exemple, si tu te fends la poire, que tu t'éclates un max, que tu parles à tes pôtes de Big Ben
qui déconne, t'es punissable pour recel de complicité d'ironie contre la loi. Tu vas manger bon. T'es content ?
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Si on ne peut plus fumer dans les lieux publics, on va fumer où ? Dans les lieux non publics. Chez soi, de préférence tout seul, ou à la rigueur avec d'autres fumeurs qui fument effectivement,
et en même temps que toi. Dans la rue, qui semble étrangement avoir été privatisée (encore un coup de Sarko passé inaperçu cet été). A la porte de ton immeuble de bureau, avec les autres exclus de
l'espace public comme toi. Dans ta bagnole, c'est excellent pour les enfants derrière, sanglés dans leurs baby confort.
Offrir une cigarette conviviale, un genre je partage, mal vu.
Faire une rencontre avec comme aide au dégel un petit cigarillo, douteux. T'as qu'à lui offrir un bonbon (sauf toutefois aux petites filles : suspicion de pédophilie). La carie dentaire n'est pas
une cause avérée de maladie cardio-vasculaire, contrairement, dans l'ordre, à l'hérédité, l'hypertension artérielle, le diabète, les dyslépidémies, puis le tabac.(1)
Le tabac tue. Naître tue. Vivre tue. Boire tue. Se mal nourrir tue. Aimer tue.
Tue. Tue. Tue. Tu vois ? Tu vois la couleur tabac de mon article ?
'interdiction de fumer dans les lieux publics est donc générale et
absolue et sont déjà mises au point les procédures de contrôle. Cette interdiction, en France comme en Europe, est bien reçue : personne pour protester ou s'en émouvoir, fumeur comme non-fumeur.
Les "bien-pensants", non-fumeurs, ex-fumeurs heureux d'avoir réussi et antifumeurs sont soulagés. Quant aux autres, les fumeurs, ils sont tétanisés : comment faire désormais pour vivre fautif donc
coupable, sans pour autant être exclu de la société désenfumée ?
Cet espace public est pourtant le lieu des convivialités, des croisements et des
rencontres, c'est là que l'autre nous apparaît dans sa différence. Il est donc pour le moins inquiétant qu'une différence, dans cet espace ouvert à tous, soit stigmatisée. Pourquoi renoncer
maintenant à ce qu'est le dialogue et l'éducation ? Pourquoi ne pas faire confiance à ceux qui sauront demander "est-ce que la fumée vous dérange ?" et n'allumeront pas la cigarette qu'ils
s'apprêtaient à fumer par égard, respect, écoute de l'autre.
Que penser de cette société qui s'esquisse ainsi et impose à l'individu de se cantonner dans l'espace privé, donnant à
la valeur "liberté publique" le seul sens de "pratique privée" ? Pratique privée ou plaisir solitaire...
C'est faire bien peu de cas, direz-vous, de cet impératif de santé (publique, elle...) : rappelons simplement que si la première cause de mortalité en France est
bien la maladie cardio-vasculaire, le tabac n'en est qu'un des facteurs parmi d'autres, tels que, et dans l'ordre, l'hérédité, l'hypertension artérielle, le diabète sous toutes ses formes, les
dyslipidémies. Autrement dit, "naître tue", "boire tue", "se mal nourrir tue" aussi. Certes, le tabagisme passif est une question de santé publique. Mais démarrer sa voiture n'est-il pas plus
criminel que d'allumer une cigarette ?
A quand, dès lors, la taxe supplémentaire sur le patrimoine héréditaire, l'alcool et autres consommations d'existence - manière de TVA épidémiologique - à l'instar
de la taxe que paye le fumeur à l'achat de son arme fatale ?
Jusqu'à quand le législateur autorisera-t-il les "menus à la carte" dans les restaurants ou cafés ou salons de thé ou brasseries... ? On pourrait ainsi continuer -
en toute impunité ! - à débuter un dîner par un foie gras (arrosé bien sûr), le poursuivre avec un steak à la sauce béarnaise ou roquefort (et son vin), enchaîner avec ces "rondes des fromages"
(on sait qu'un fromage sans vin est au moins aussi triste qu'un jour sans pain) pour achever ces agapes sur un vacherin nimbé de beaumes-de-venise et un café et son petit alcool de poire. Mais
que fait la Loi ? Quand nous imposera-t-elle, et pour notre bien, des menus diététiques dont les composants seront garantis "non génétiquement modifiés" et - sur demande - traçables ? Quand nous
garantira-t-elle par ces repas - sans sel, sans alcool ni graisses mélangées - une tension artérielle stable, une stabilité basse du taux des triglycérides, du cholestérol et de la glycémie ?
Comment tolère-t-on encore dans ces lieux publics la présence d'hypertendus, d'obèses, parce que "ces gens-là" ont de toute évidence triché avec la qualité et la quantité. Qu'ils se goinfrent
chez eux - manger tue - et pas dans l'espace public !
Et ne serait-il pas équitable que les non-fumeurs, les non-buveurs et les sains mangeurs puissent obtenir réparation des dommages causés à eux-mêmes ou à leurs
proches par fumée, alcool, alimentation trop riche. Alors ? Couverture-dommages universelle ? Mutuelle, avec ou sans franchise ? Si le fumeur ne doit plus se placer à côté d'un non-fumeur,
l'alcoolique ne doit pouvoir croiser le chemin d'un non-buveur, et le gourmet gourmand tenter le sain mangeur...
Une société sans l'Autre, le différent, qu'il soit fumeur heureux, buveur détendu ou bien gourmet, est une société totalitaire...
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