PROST-MANILLIER, Collage aléatoire,
par Ben


Marie-Françoise
Prost-Manillier,
Artiste plasticienne qui vit et
travaille à Lyon.
"il n'y a pas de brouillon à l'histoire".

repérable. Mémoire du futur qui n' advient pas où le temps se déroule dans ses moindres détails. LE CODE SEGRET DU FUTUR EST SILENCIEUX. Enoncée
à travers une filmographie personnelle (raids en montag
L' accident n'adviendra pas.
la date inscrite dans la memoire ne se sculptera pas
le spectateur (l'auteur ?) filme en video numérique les différentes séquences des marches et les retransmet.









L’école primaire.
Il y avait la directrice, melle Lhôpital, vieille dame -dans mon souvenir, elle était déjà plus âgée que l’âge de la retraite- petite et mince, avec des lunettes suspendues à son cou par une
chaînette -dorée?, de petits chemisiers en dentelle ou en broderie anglaise... bien nets. Aller dans son bureau n’était pas la pire des punitions. Elle portait bien son nom. Elle était souvent la
consolatrice de tous les maux... conciliante...
Il y avait la jolie maîtresse, celle que tout le monde avait envie d’avoir. Le chignon noir et lourd sur la nuque, le rouge corail, les jambes halées (même en hiver ?), la robe un peu courte
semée de coquelicots (ou était-ce de rose ou de pivoines ?) ... La très méchante, celle qui vous mettait sous le bureau pour vous punir : chaussures en vadrouille, combinaison qui dépassait de la
robe, odeur de confinement... privé de la vue de la classe... La satisfaction de savoir la place déjà prise par un autre indiscipliné, pour aller dans le coin du placard ou l’on rangeait les
livres de classe.
Il y avait le rituel de la photo de classe, dehors dans la cour, toujours face au soleil pour nous faire grimacer; Les plus petits assis devant sur les petits bancs. Moi toujours au fond, les
bras trop longs pendant le long du corps et dépassant malgré moi l’ensemble de la pyramide. Les blouses foncées. Parfois, subtile coquetterie, un col blanc, un passepoil de couleur, une broderie
sur la poche. Le sourire jamais au bon moment... jamais sur la photo... ou alors crispé, comme si l’on risquait de tomber ....

Il y avait la glycine qui couvrait le passage : chute de pétales bleus et odeur de parfum de grand-mère au moi de mai.Puis les feuilles par terre en automne, ramollies par la pluie ; petits
bruits mous et spongieux quand on marche dessus.
Il y avait les moqueries : les grand pieds, les grands nez, les noms qui prêtent à rire, la lecture pendant que les autres jouent aux billes, à chat...
Il y avait l’odeur de moisi de l’éponge à tableau, la craie sous les ongles...
L’’équerre et le compas jaunes en bois accrochés à côté du tableau, les panneaux “de description” avec l’usine, le grand magasin “comme à Paris”, et la ... classe d’école... La petite règle
carrée en métal qui tourne toujours quand on trace un trait, toujours trop courte.
La chanson des tables de multiplications imprimées au dos du cahier de brouillon avec les départements. La carte en plastique de la France avec les petits trous pour les villes. le bout du doigt
toujours violet et la plume qui se plante dans le papier de mauvaise qualité... le pâté...
Il y a avait les petits bonheurs volés. Le mur des “vécés” qui séparait l’école des filles de celles des garçons. Les portes en bois servaient de marche-pieds... à califourchon sur le mur... les
tuiles chaudes qui brûlaient un peu les jambes nues accueillaient les petits secrets des anciens couples d’école maternelle séparés.
Il y avait la nostalgie de l’autre école, celle d’avant, la “petite”, que l’on voyait encore par la fenêtre. Celle où tout était gentil. Ou l’on faisait des dessins tout le temps, des choses en
terre ou en papier pour nos mamans.
Souvenir un peu flou du bonheur de l’innocence.
Robert Nodoit
photo A. Gourion
Primary School
There was the headmistress, Miss Lhôpital, an old lady in my memory : she was already older than retirement age - small and slim with glasses hanging from her neck by a small golden chain, small
blouses made of lace or broderie anglaise… very clean. To go to her office was not the worst punition. Her name suited her well. She often was the comforter of all the troubles… conciliating
There was the beautiful teacher, the one everyone wanted to have. The black and heavy bun on the nape of her neck, coral-red lipstick, tanned legs (even in winter), the dress - a bit short -
scattered with red poppies (or were they roses or peonies). She was very wicked, used to order you to go under the desk to punish you : shoes on the floor, slips striking out of the dress, smell
of confinement… deprived of the view of the classroom. The satisfaction to know that the place was already occupied by another undisciplined pupil, to go to the corner of the cupboard where one
used to put the class books.
There was the class photo ritual, out in the yard, always facing the sun to make us grimace. The smallest sitting at the front on the benches. I was always standing at the back, with too long
arms hanging along my body and toping in spite of myself the whole pyramid. Dark smocks. Sometimes, subtle stylishness, a white collar, a coloured piping, a piece of embroidery on the pocket. The
smile never came at the right time… never on the photograph… or strained as if one was about to fall…


There was the wisteria covering the passage : fall of blue petals and grand-mother smell in the month of May. Then the leaves on the ground in autumn, softened by the rain, little soft and spongy
noises when walking on them.
There were the scoffing : big feet, big noses, names that lent themselves to laugh, reading while the others were playing marbles or tag tig he….
There was the musty smell of the sponge, chalk under the nails… The yellow square and compasses hanging by the board, the description boards with the plant, the big store like in Paris and… the
classroom. The small square ruler in metal which always turns when drawing a line, always too short. The song of the multiplication tables printed on the back of the notebook with the
"Départements". The plastic map of France with little holes for the towns. The fingertip always purple and the nib which makes a hole in the poor quality paper… the blob.
There were the little stolen joys. The toilets wall which separated the boys' from the girls'. The wooden doors were used as stepladders… sitting astride on the wall. The hot tiles which used to
burn a bit our naked legs used to witness the little secrets of the old couples of the kindergarten.
There was the nostalgia of the other school, the former one, the small one which one could still see from the window. The one where everything was cool, where one would do drawings all the time,
things in clay or in paper for our mums.
Vague recollection of the happiness of innocence.







La voile sur laquelle est projetée l'image est elle-même tatouée de la mémolre répétitive de la mort. Se
superposeront donc la marche du temps et le temps figé
...et comme le dit milan kundera: "il n'y a pas de brouillon
à l'histoire".
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