POEMES (1)
Algériennes
Algérie ma maîtresse
Algérie ma maîtresse
Non bardée de touristes
Ton soleil c'est la liesse
Ma piste
France femme légale
Tu m'as donné ta langue
Et d'une histoire étale
Je tangue
Il était une foi
Mon père ce héros au sourire si doux
Parlait peu.
Son étrange regard fait de calme
De pudeur
Se posait lentement sur les êtres vivants.
Mon père ce héros au sourire si lent
Se prénommait Abel.
La lueur de son oeil n'avait rien d'un Caën
Le rival
Et jugeait souverain des fleurs de notre mal.
Mon père ce héros au sourire prenant
Ses cheveux étaient blancs
Son nez juif
Son front haut
Et son amour en nous.
Mais notre père cet homme au visage de terre
Son esprit est ailleurs
Retourné vers le ciel
Loi, loin
Et vers son dieu, fidèle.
Il était une Foi,
Lui.
La Vieille
Elle était assise, triste,
Parmi tant de bonheur
Son visage ridé
Reflétait la lenteur
D'une âme
Repliée
A coté ses enfants
Et ses petits enfants
Forment un cercle parfait
Qui peut communiquer
Sa méchante surdité
Son age sa santé
Ferment son esprit aux autres
Et l'ouvrent aux monologues
On la veut souriante
Quand elle ne peut plus rire
Quand on ne saurait dire
Qu'il y a très longtemps
Elle aussi fut aimante
Elle se trouve dans un monde
Dont elle ignore la langue
Son unique avenir
Est dans ses souvenirs
Est aussi dans sa tombe
Qui l'effraie comme une ombre
C'est pour cela qu'elle vit,
La vieille,
Au ralenti.
Maîtriser ses affects
Conjuguer le hasard
Singer ses rêves
Retapir le malentendu
Dérimer sa vie
Au fil
De l'eau.
Par Tanger et Grenade
Par Tanger et Grenade,
Par Fès et Tétouan,
O ma lente ballade,
J'ai recherché Oran
Espagnols, Juifs, Berbères,
Arabes
et vous, Français,
Je vous salue mes frères,
Ici même je suis né.
La ville blanche a jauni,
Instantané vieilli,
Mais ses enfants sont beaux,
De l'eau.
Souvenirs qui s'arrachent
A l'inconscient maté,
Il fallait que je sache
L'enfance, et cet amour bâclé
Il fallait que je lance
Entre terre mer et moi
Un fil autre qu'errance,
Et toi.
Les dangers les grenades
Ont pali dans l'oubli,
Les rancunes sont fades,
Belle tu es, Algérie
O pays de mes morts,
Ma mère,
Terre éprise de maures,
J'espère
Qu'au delà de nos larmes,
Amères,
Tu sauras de tes charmes
Me plaire.
Par Tanger et Grenade,
Par Fès et Tétouan,
O ma lente ballade,
J'ai découvert Ouahran
Encéphalogramme infidèle
Douleur
Chaleur de la mère
Soleil sec de l'enfance
Violence.
Départ, parenthèse fondatrice
Vanité que ces lignes
Scandale d'une justice menteuse
Clarté de la force en politique
Beauté des enfants
Attirance des femmes
Temps.
Goût de la variété
Valeur de la connaissance
Rêves
Chute et renaissance des dieux
Rêves
Flottaison de conscience, mer
Brouillard, pluie
Malheur
Douce splendeur des mots infinis
Et délivrance de la mort qui scelle.
Rèves
Un camion rouge
Dévale en feu
Une rue
d'épouvante
Des persiennes
ajourées
Au travers
desquelles
Dansent les phares
jaunes
Les yeux fermés,
Rayures
Impressions noirs et
blancs
Luttent contre des
soleils
Les vagues
recommencées
Léchaient la plage
lisse
Et la lune,
élégante,
Luisait son rythme
lent
Dans les couloirs du
Droit
Tombaient ses dents
jaunies
Qui mordaient le
silence
Les flans du vaisseau
fou
Haletaient de
stupeur
Et les dauphins
vengeurs
Ondulaient de
plaisirs
O France, langue
infinie,
Et toi Algérie
rêve
Dans mes rétines
noires
Films hachées que nos vies.

Jurons, mes camarades
Gros mots
Grammaire
Almanach d'une langue
Gros mots
Guimauve
Résidu de faux derche
Crus mots
Crue elle
La putain de ta mère
Verts mots
Salauds
Mille mots : sexe et dieux
Cul béni
Cul terreux
Cul de sac
Cul : rions
Tapette
Enculé
Fille de peu
Fils de chien
Nom de Dieu, Un bon Dieu, vingt dieux, mille dieux !
Puis : sacré nom d'une pipe.
Pisser froid
Chaudepisse
A l'arrêt
Contre un arbre, un poteau
Ou : le vent de l'histoire en marche
Chier dessus
Chier dessous
A la gueule
A la raie
Bitte au cul
Zob
Zébu
C?est pas vrai z'ai pas bu
Z'avais z'uste l'intention
D'mâcher mes mots choisis
Comme on va à la pêche
Jurons, mes camarades
D'y aller, à la ligne,
Et de rester dedans.
Mais subjectivement.
Je de mots
Je de mots
Toi de vie
Conjonction des réels
Miroir déformant la vue
Des ruelles
De nos mues
Pensées modifiant la vie
De nos langues
Hallali
A la mort
Le monde pathogène
La famille pathogène
La solitude aussi
Disait
Le perroquet
Koko
Sur le monde
Esbaudi
Angoisse du statique
Angoisse du statique
Les couleurs de nos jours
Murs gris que cette ville
Toujours
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